POLOGNE – analyse d’images sélectionnées

Juillet 2026

Deux semaines en Pologne, c’est l’occasion de faire beaucoup de belles images. j’ai profité de ce circuit pour capturer des clichés que je vais m’efforcer d’analyser d’un point de vue esthétique (essentiellement le cadrage et la composition). Il est important de retenir que ces réflexions faites « sur linstant » (c’est-à-dire au moment de la prise de vue) ne représentent que le reflet de mon point de vue et que la règle reste la TRANSGRESSION. Cependant, un œil ça s’éduque et, sans être pris pour des vérités absolues, les analyses ci-dessous ont, avant, tout, pour but de susciter la réflexion et la critique. N’hésitez pas à me faire part de vos avis.

JOUR 1 : VARSOVIE

Se décaler de quelques mètres (quand c’est possible évidemment – n’allez pas risquer votre vie), permet d’éviter les éléments parasites impossibles à effacer en post-production (ici le feu rouge).

Il doit probablement bien protéger de la pluie ce kway jaune fluo… mais attendre quelques secondes de plus pour que la gentille dame et son amie aient terminé a photo aurait été plus judicieux…

Une belle sculpture en bronze avec des bâtiments en fond : d’abord faire attention au bokeh (le flou d’arrière plan). Plus le diaphragme sera ouvert (f/4 ou 4.5), plus le bokeh sera prononcé. En s’approchant physiquement davantage du sujet au premier plan, on peut encore intensifier ce bokeh.

Parlons maintenant de la respiration de l’image : ici, le regard du sujet se dirige vers la droite, d’où l’idée de placer la sculpture sur la gauche afin de laisser de la place au regard. La photo respire bien !

Le sujet placé à droite permet, certes, de laisser la place à une belle façade d’immeuble, certes un peu floue, mais typique de la Pologne. Cependant, il ne faut pas se tromper : le sujet c’est la sculpture. La photo ne respire pas.

Se déplacer de quelques mètres permet d’obtenir un autre point de vue sur le sujet principal, à savoir la statue. Alors que les deux exemples précédents sont un peu « plats » (c’est à dire que l’axe de l’objectif est perpendiculaire aux façades), on a ici des immeubles en diagonale, ce qui permet de donner plus de perspective à l’image. Image réussie !

Même point de vue que l’image précédente, mais cadrage du sujet à droite, ce qui empêche le regard du sujet de porter au loin (ce qui peut être vital pour une guerrière, non ?). De plus, les parasols blancs n’apportent rien à l’image (zone blanche sans information d’intérêt). Image à perfectionner.

Même intention que les deux images précédentes : une statue en sujet principal avec des façades colorées floues et colorées sur toute la surface du fond. Cette fois-ci, la statue est centrée et on voit encore plus les parasols (avec des lettres rouges). Ici, le photographe veut tout faire en même temps, à savoir mettre en valeur une belle statue et valoriser les façades. Mais cadrer une image, c’est faire des choix et ici aucun choix n’est fait, on veut tout montrer. Donc on ne montre finalement rien… Image à revoir.

Image légèrement décalée vers le haut : on voit mieux les façades et même un morceau des toits, ce qui donne plus de matière. Par contre, le bas de la statue est occulté (dommage), mais les parasols ont disparu (ce qui est bien). Là, un choix a clairement été fait. Image réussie.

JOUR 2 : LE CHÂTEAU DE MALBORK

On ne choisit pas la météo, il faut composer avec. Lorsqu’un ciel présente des nuages contrastés allant du blanc ou presque noir, on peut jouer sur les nuances et, encore mieux, passer en noir & blanc pour accentuer encore les effets.

De vieilles fenêtres au verre teinté… L’effet, vu à l’œil, est intéressant, mais comment le rendre en photo ? Une solution originale (mais dont il ne faut pas abuser) est d’incliner la photo. On obtient alors une image plus originale.

La mise au point et la profondeur de champ : l’intention, ici, est bien de mettre en évidence le visage du chevalier teutonique. Le bâtiment en fond ne sert qu’à remplir l’espace restant en accentuant l’effet « guerrier ». Certains APN d’entrée de gamme ne permettent pas forcément de choisir la zone sur laquelle effectuer la mise au point (il choisit la partie de la photo la plus grande – ici le fond) et la photo est ratée. Quand c’est le cas, l’astuce consiste à cadrer le chevalier sur tout la hauteur de l’image, d’enfoncer le poussoir à mi-chemin puis de décaler le cadrage (sans relâcher la pression) puis de prendre la photo. Sur les APN plus évolués, on peut choisir la zone de mise au point. C’est, bien évidemment, plus simple…

Jouer avec les ombres : quand un objet est éclairé, il produit une ombre à l’opposé de la source de lumière (c’est de la physique !). Une manière de mettre en valeur ledit objet est de le décaler à l’opposé de son ombre et d’inclure la totalité de l’ombre dans l’image, quitte à accentuer le contraste en post-production pour faire ressortir cette ombre. Un cliché original.

Cadrer large ou serré ? La question peut se poser dans plusieurs cas : l’intention de montrer un ensemble ou un détail par exemple. Un ciel gris peut, lui aussi, nous donner envie de cadrer plus serré afin de s’affranchir ds problèmes de contraste entre un ciel très lumineux et un sujet plus sombre.

Alors, justement, quand le ciel n’est pas notre allié, la végétation peut rattraper le coup. Toujours plus sombre que le ciel (et à peu près aussi sombre que le sujet principal), prendre une photo à travers un bouquet d’arbres peut être une excellente solution si on ne peut pas éviter le ciel.

S’amuser avec les reflets dans l’eau : quand il vient de pleuvoir ou qu’un cours d’eau ou un lac se trouve à proximité de notre sujet, les reflets peuvent permettre de capturer une image intéressante. Ici, le vent empêche d’avoir un reflet complet et bien dessiné. Le manque de luminosité enlève également un peu de pep’s, mais cela mérite tout de même d’être tenté.

JOUR 3 : GDANSK et sa région

Oser la conteplongée. Parfois, on n’a pas trop le choix (quand on ne dispose pas de suffisamment de recul par exemple), mais parfois il faut la tenter volontairement (encore une fois, sans exagérer). Cela permet de donner de l’ampleur, de l’envergure, de la grandeur à un objet, un bâtiment, voire uns statue.

Oser la couleur. En Pologne, les façades des bâtiments urbains sont souvent très colorées. C’est l’occasion de s’amuser à faire des compositions originales en format portrait, paysage, de travers… Aucune limite pour un effet esthétique évident.

Jouer avec les éléments d’urbanisation. Dans le premier exemple ci-contre, c’est l’arche au bout de la rue qui permet de limiter la zone « ciel », même si cette dernière présente de beaux nuages bien contrastés. Attention, cependant, à la luminosité de l’arche, plus faible que celle de la rue et qu’il convient donc de compenser (un peu, mais pas trop). La deuxième image joue plutôt sur le contraste ancien-récent : une fresque ancienne sur le mur avec des parasols modernes. On peut aussi couper les parasols de manière à ne pas voir apparaitre la marque. Une autre intention…

Une belle sculpture avec des façades colorées en arrière plan. Oui, mais… La distance entre l’APN et le sujet principal (la statue) est trop grande pour avoir un bokeh suffisant (flou d’arrière-plan). Résultat : l’ensemble de la photo est net, ce qui rend sa lecture difficile et peu agréable. L’idée, à la base, était bonne, mais la réalisation pratique impossible à mener à bien. La solution ? Avoir une échelle de 2 mètres pour pouvoir se rapprocher de la statue (difficile d’un point de vue logistique), tenter la contreplongée ou… s'(abstenir de faire la photo !

Délicate question que celle du passage en noir & blanc… C’est plus quelque chose qui se sent que quelque chose qui se calcule, même si au moment de la prise de vue j’imagine déjà parfois que l’image pourrait donner quelque chose d’intéressant en noir & blanc. Le noir et blanc augmente les contrastes (cas des ciels un peu ternes par exemple), donne aussi une sensation de dramaturgie plus intense (ici au Musée SOLIDARNOSC) ou nous donne le sentiment de remonter dans le temps. Des effets supplémentaires sont également possibles tels que le sépia, le virage bleuté, l’ajout artificiel de rayures, de cadres (comme ici un léger cadre noir)… Pour savoir ce qui convient le mieux, il faut essayer, se tromper et essayer autre chose jusqu’à satisfaction.

JOUR 4 : TORUŃ

Le « chien de Toruń » est une célèbre statue en bronze. Il s’agit du fidèle compagnon du Professeur Filutek, un personnage issu d’une célèbre bande dessinée. La statue représente le petit chien assis qui tient le chapeau melon de son maître dans sa gueule, près d’un parapluie abandonné contre un réverbère. La tradition locale dit que caresser la tête de Filuś rend plus sage, tandis que toucher sa queue apporte la chance en amour. L’image est sympathique à faire, mais peut-être en attendant que le monsieur avec sa poussette ait passé son chemin. Les humains sont parfois gênants sur les images, mais ici je préfère grandement l’image centrale montrant le chien dans son environnement avec des inconnus à pied et un vélo plutôt que la troisième où le petit chien donne le sentiment de se sentir bien seul…

Attention aux mélanges et aux confusions : la statue de la célébrité locale (NDLR : Nicolas COPERNIC) trône en plein centre ville et c’est bien normal vu ce que l’individu a pu apporter à la science mondiale. Mais la photo, si elle doit être faite, ne doit pas fondre l’astronome dans le fond. Au contraire, une statue est faite pour se démarquer. Il convient donc de se décaler un peu pour cadrer en décollant le plus possible l’avant-plan (Copernic) de l’arrière plan (le clocher). La lecture de l’image n’en sera que plus facile et la mise en valeur du personnage meilleure. Attention également à ne pas couper la légende gravée sur le piédestal où repose l’œuvre d’art. On l’a déjà dit : tout est dans le détail…

Inclure ou pas des humains ? La ville, c’est, par définition, l’endroit où les humains vivent. Il semble donc naturel, si l’on désire retranscrire une ambiance urbaine, qu’ils fassent partie des images que l’on y capture pour peu que ledit humain ne devienne pas le sujet principal à cause de sa parka fluo ou de sa taille (proximité de l’objectif). Ou alors, c’est une toute autre intention, centrée sur l’être humain.