#228 - Tanné
On n’a pas tous les jours l’opportunité d’approcher un éléphant d’Afrique et encore moins de le toucher. Cette expérience insolite m’est arrivée en Afrique du Sud dans la réserve privée Ligwalawala, au sud du très célèbre, mais aussi très évitable Parc Kruger. L’animal est d’emblée très impressionnant (c’est le plus gros mammifère terrestre, le second toute catégorie confondue derrière la baleine) et, même de loin, on se sent tout petit. La réputation du pachyderme n’est plus à faire : il est connu pour être lunatique, donc méfiance… Il se dégage cependant de cette masse de muscle, d’os et de corne une impression de calme, de sérénité totale, de domination aussi. C’est lui qui commande. Il faut dire qu’il a des arguments, parmi lesquels ses dix tonnes de masse corporelle. On a compris, s’il ne veut pas, il ne faudra surtout pas insister. Un premier moment mêlé de stupeur, d’appréhension et de respect passé, le cornac nous propose d’approcher. Alors, un peu comme on le ferait dans un lieu sacré, on avance lentement vers l’animal qui, quant à lui, reste stoïque. Ne nous voit-il pas ? N’en a-t-il rien à faire ou bien, au contraire, attend-il que nous soyons à portée pour réagir ? En attendant, plus on approche, plus on prend conscience de ses dimensions : ses oreilles avec leur réseau de veines proéminentes, sa queue terminée par une sorte de houppette poilue, son cul de mastodonte duquel émane une queue presque ridicule, sa trompe interminable, ses pattes. On nous propose de le toucher. On hésite évidemment, mais pas si longtemps que cela finalement, on n’a qu’une vie. Si on avait eu les yeux fermés, on aurait pu croire toucher un tronc d’arbre. Apre, rêche, rugueuse, la peau de l’éléphant est une armure. On comprend vite pourquoi, dans la jungle, presque personne n’ose s’attaquer à lui. Le pachyderme tourne la tête vers nous : aurait-on transgressé quelque règle ? Apprécie-t-il le contact ? Il nous toise de toute sa hauteur avant de se donner un grand coup de trompe sur le dos. Lui ne se souviendra sûrement pas de nous malgré sa mémoire d’éléphant, mais moi je me rappelle encore, dix ans après, de cet instant unique et privilégié.
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