Commandement numéro quatre : des êtres vivants tu tenteras d’inclure dans ton image…
Les images et les textes ci-dessous sont issus de l’album Photo & Graphie dont d’autres extraits sont présentés sur cette page.
# 178 : Vénérable
Un sentiment de respect néanmoins teinté d’une certaine crainte m’envahit toujours au moment de tirer le portrait d’une personne âgée. Comment vont-ils réagir ? Me traiteront-ils de voyeur, de voleur d’image ? Quatre-vingts, quatre-vingt-dix, cent ans… Certains plus jeunes mais qui paraissent plus vieux, d’autres très vieux, mais qui font plus jeunes que leur âge. Ce sentiment vient-il de mon esprit imaginant les épreuves ou les joies endurées depuis leur naissance par ces peaux tannées par le froid, le soleil, la vie dehors ou simplement le temps qui passe ? Certains d’entre eux ont connu des guerres, des périodes de privation, des dictatures. Les vieux de tous les pays ont donc beaucoup de choses à dire, d’expériences à partager, parfois de la roublardise ou de l’espièglerie à nous jeter en pleine figure. Cette femme assise devant sa maison sur une placette de Santa Catalina, un village au bord du lac Atitlan au Guatemala parait impassible, mais elle cache bien son jeu : une fois la photo capturée, elle n’a pas hésité plus d’une fraction de seconde (et encore, je suis large) avant de tendre la main pour récupérer son obole. Pas folle la guêpe. Fûtée même. Côtoyer un être vénérable, ça se mérite et ça se paie. Et pas que spirituellement…
# 173 & 174 : J’ignore tout d’elles
Je sais juste qu’elle se sont trouvées là au même moment que moi : terrasse du magasin « Le Printemps », boulevard Haussmann, Paris, France, le 04/12/2015 vers 14h40 ou Piazza della Signoria à Florence en Italie, un beau jour de juillet 2014. Dans la capitale française, la douce luminosité de fin d’après-midi confère des teintes pastel au quartier de l’Opéra. Au loin, l’imposante et finie silhouette de la tour Eiffel se projette vers les cieux. Puis elle arrive, poussant le luxe de se mettre (presque) dans l’axe de mon objectif. Je ne me souviens plus si elle était seule, avec une amie, un fiancé, une ribambelle d’enfants. Peu importe au fond. C’est sa blondeur qui me rappelle les teintes des façades parisiennes, les motifs géométriques de son gilet qui imitent ceux de la Dame de Fer. Un coup de vent la décoiffe légèrement, elle tourne la tête. A 1000 kilomètres de là, en Italie, une jeune femme croque, en quelques coups de crayon, un monument de la « ville-musée ». Le négligé de sa coiffure contraste avec la rigueur des motifs de sa robe. Sa peau hâlée rappelle la couleur des couchers de soleil sur la Toscane. Son vernis à ongle bleu est peut-être assorti à la couleur de ses yeux, je ne le saurai jamais. J’appuie sur le déclencheur. C’est dans la boite. Un instant plus tard, tout est déjà fini.


# 140 : L’inconnue de Boukhara
Que peut bien penser cette jeune femme d’à peine 20 ans (probablement), mannequin amateur, au moment de défiler dans cette magnifique robe en tissu « suzani » qui met, certes, extrêmement bien en valeur ses atouts physiques mais qu’elle n’aura probablement jamais les moyens de s’offrir ?* Fierté ? Stress ? Craintes ? Excitation ? Lassitude ? Seulement de la concentration. Hâte d’en finir ? Difficile à dire tellement la vie quotidienne semble, en Ouzbékistan, si différente de la nôtre. Ici, le quotidien est aussi rude que le climat. Est-elle étudiante ? Quels sont ses projets d’avenir ? Où vit-elle ? Qui est-elle ? Comment s’appelle-t-elle ? Rien ne filtre à travers ce visage impassible, cette démarche assurée. Elle semble avoir du métier en tout cas. Peut-être désire-t-elle poursuivre dans le mannequinat ? Devenir avocate ? Traductrice ? Mystère… Dès le lendemain, nous quittions Boukhara et cette belle jeune femme quitta mes pensées. Vous avez dit éphémère ?
* le tissu « suzani » est typique de l’Ouzbékistan, très complexe à fabriquer. Une robe comme celle-ci, en véritable suzani et dessinée par une artiste russe, vaut plusieurs milliers d’euros.
# 141 : Courbes
N’allez pas tout de suite crier au loup : elles étaient là pour ça. 11/10/2014, circuit automobile de Magny Cours en France. Maurice, un membre du club photo CCA Imago du Perreux-sur-Marne, nous invite à un shooting photo à l’occasion d’une course de Formule 3. Au programme, grosses cylindrées, bruits assourdissants de moteurs gonflés au turbo, odeurs de gasoil et jeunes femmes charmantes pas dévêtues pour un sou mais payées pour se dandiner sur la piste (entre les courses) un panneau publicitaire à bout de bras. Rien de dégradant là-dedans. Les dizaines de photographes présents sur le site sont là pour réaliser des clichés et les jeunes femmes que personne n’a obligé à venir ici sont, quant à elles, là pour se faire photographier. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ne se-rais-je pas en train d’essayer de me justifier là ? Elle est tout de même incroyable et paradoxale cette société qui tend à étiqueter de sexiste toute image montrant chastement un joli popotin mais qui, parallèlement, permet à la pornographie et à la violence sans limite d’entrer jusque dans la chambre de nos ados. Alors oui, je l’admets, aucune honte et pas la moindre repentance à réaliser ce genre de cliché et même à en retirer un certain plaisir. Après tout, les courbes féminines font partie de la vie et sont probablement l’une des choses les plus délicieuses qui puissent exister. Voir des Formule 3 tourner autour d’un circuit ou admirer le galbe d’une poitrine ou d’une paire de jambes, n’est-ce pas finalement qu’une histoire de courbes convenablement négociées ? Que ceux qui y trouveraient à redire passent leur chemin ou focalisent leur attention sur le parapluie à l’effigie du bibendum Michelin.
# 146 : Le Masaï 2.0
Mais que peut donc bien faire ce jeune Masaï en tenue traditionnelle croisé sur un chemin de campagne de la brousse en Tanzanie ? Part-il à la chasse ? Chercher du ravitaillement ? Vu sa tenue, on pourrait aussi imaginer qu’il se lance à la quête d’une fiancée. Que nenni ! Ce jeune Masaï est, en réalité, un Masaï 2.0 : il connait internet, le téléphone portable et tout le reste. Malheureusement (pour lui), son village n’a pas encore été desservi par le réseau électrique. Il est, par conséquent, contraint de se rendre régulièrement au bourg le plus proche… pour recharger son portable. On n’arrête pas le progrès !
# 209 : Vert
S’il est un lieu où l’on peut rencontrer de nombreuses bestioles bizarres, c’est bien la région de Tortuguero au Costa Rica. Deux heures de bus depuis San José aux-quelles s’ajoutent encore une heure et demie de bateau rapide à travers un labyrinthe aquatique luxuriant et grouillant de vie sont nécessaires pour parvenir sur la côte Caraïbe, plus précisément là où pondent les tortues luth. Tortuguero, Costa Rica. Faute de tortues (ce n’était pas la saison), la faune locale a néanmoins de quoi éblouir le passant : grenouilles vertes, rouges ou bleues pas vraiment farouches, mambas verts subrepticement aperçus au travers d’un feuillage presque opaque, iguanes au regard fixe et pénétrant, basilic casqué (ci-dessous) trahi par son reflet qui fait le mort sur un vieux tronc au détour d’un canal… Et tous ces bruits étranges, organiques, sauvages qui, mélangés au ressac de la mer, offrent au visiteur un véritable parfum d’aventure.
# 229 : Le calme avant la tempête
Un troupeau de gnous s’abreuve tranquillement dans une mare du parc du Tarangire en Tanzanie. Soudain, une lionne apparaît en haut d’un talus qui surplombe le trou d’eau. Elle observe, hume l’air… et le bon repas qui s’annonce enfin pour elle après plusieurs jours de disette… Ventre à terre, elle s’élance soudain en direction du troupeau de gnous. Déferle alors une onde de panique, la Walkyrie de Wagner. Une âme animale va bientôt quitter la planète Terre pour monter en direction du paradis de la savane africaine. C’est comme ça, c’est la vie ! Ou plutôt la mort. La loi de la jungle.
# 234 & 235 : Fripouille et son double
J’ai toujours rêvé d’avoir un chat…
Mais mes parents ont décidé d’avoir un chien… de la taille d’un chat tout de même. Un bon début ! Puis il y a eu la naissance de Gabrielle et Roland, la vie en appartement, les absences. Pas idéal pour un paisible félin. Les conditions ont finalement été réunies à partir de 2013 au moment de notre emménagement à Neuilly-Plaisance. Nous ignorons la date de naissance exacte de Fripouille mais cela n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est qu’il est rapidement devenu un membre de la famille à part entière. Peu importent les réveils nocturnes, les croquettes à acheter, les visites chez le vétérinaire, les poils sur le canapé. Il y a tant d’humanité dans le comportement de ce chat. On a l’impression qu’il comprend tout ce qu’on ressent. Et des câlins… Ce matou roux a pris tellement de place dans nos cœurs qu’on a parfois l’impression qu’ils sont plusieurs à errer dans la maison…
La preuve par l’image !
# 217 : Lost
On n’a qu’une envie : tirer ce dromadaire loin de la route ! Aux Emirats Arabes Unis, dans le désert, les contrastes sont omniprésents et un pauvre dromadaire est néces-sairement perdu lorsqu’il rencontre une de ces intermina-bles langues d’asphalte qui sillonnent le pays. Ne lui trou-vez-vous pas un petit air incrédule ? Le sol est dur, râpeux, désagréable au toucher, bouillant. Tout le contraire du sable. Alors, que fait ce dromadaire sur cette route ? Il pose pour la photo ? Il cherche à boire ? Des ennuis peut-être ? Et où est son maître ? Il fait la sieste ? Il sirote un thé à la menthe ? Rassurez-vous, la voiture évitera le choc. Au Emirats Arabes Unis, les dromadaires, c’est sacré. Autrefois, on en échangeait même des troupeaux entiers contre des femmes. C’est pour dire !
# 238 : Hitchkockien
Bonjour l’odeur !
Mais que fait cet homme sur le port d’Essaouira au Maroc ?
Rejoue-t-il la célèbre scènes des « Oiseaux » d’Alfred Hitchcock ?
Malheureusement, l’explication est moins glamour : ce pêcheur marocain jette sur la grève les restes invendables des poissons rapportés par les bateaux du port. L’heure du déjeuner pour les mouettes, cormorans et autres oiseaux de mer. Que dis-je, un festin !
Bonjour l’odeur !
Remarquez tout de même que je ne recule devant rien pour prendre une photo !
Les images et les textes ci-dessus sont issus de l’album Photo & Graphie dont d’autres extraits sont présentés sur cette page.
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