#147 - Les ombres qui courent
Nous ne sommes que des ombres… Etrange constat pour cette scène pourtant capturée bien à l’abri du soleil et donc en théorie loin de toute ombre, à savoir dans les entrailles du métro parisien en France. Ici, il ne faut pas considérer la notion d’ombre dans son sens le plus littéral, mais plutôt voir les gens tels des ectoplasmes dépourvus de couleur, de saveur, de visage même. Se souvient-on des personnes que nous croisons dans le métro ? Bien sûr que non ! Serions-nous frappés d’une sorte d’amnésie possiblement causée par la pollution ? Rien à voir ! Tous ceux qui empruntent les transports en commun ont la même tête, son habillés de la même façon, marchent à la même vitesse, portent le même sac à dos et possèdent le même smartphone sur les écrans desquels les mêmes yeux scrutent les mêmes réseaux sociaux. De manière exceptionnelle, nous remarquons une originalité chez quelqu’un : un livre sous le bras (très rare), un vêtement coloré, un tatouage, une attitude (moins rare) ou une silhouette agréable à regarder (encore moins rare). Aussi vite vu, aussi vite oublié. A quoi bon ? Tout le reste, ce sont ces ombres qui se croisent dans un couloir, qui attendent sur un quai, qui entrent et sortent des wagons, l’air pressé. Pour chacun d’entre nous qui prenons les transports en commun, les autres voyageurs n’existent finalement pas. Ou alors représentent-ils tout au plus une gêne, une contrainte, des nuisibles qui nous empêchent de nous asseoir, font trop de bruit, sentent le déodorant bon marché ou réclament honteusement une pièce de monnaie. Non, finalement, les gens dans le métro ne sont pas des ombres puisque les ombres, elles, nous protègent des rayons du soleil. En fait, les gens dans le métro ne sont rien.
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