#135 - Défroqué
Filippo Lippi est une exception dans le monde de la peinture à l’époque de la Renaissance. Là où la plupart des artistes dissimulaient tant bien que mal leur homosexualité, Fra (pour « frère » – Lippi était d’abord un religieux) Filippo aimait les femmes. Chapelain du couvent Sainte Marguerite à Prato en Italie, le Destin voulut qu’à 50 ans passés il tombe amoureux de Lucrezia Buti, une nonne alors âgée de 20 ans. Coupable assumé du péché de chair. S’il n’y avait que cela ! En 1456, apprenant que Lucrezia est enceinte, il l’enlève purement et simplement au cours d’une procession religieuse. Imaginez le scandale : un carme amoureux d’une sœur augustine qui fait le mur pour le rejoindre ! Cette histoire aurait pu très mal finir si Côme (l’Ancien) de Médicis, inconditionnel de l’artiste, n’était intervenu auprès du Pape pour que les deux tourtereaux puissent roucouler en paix autour du berceau du petit Filippino qui sera artiste, comme papa. Avec l’Eglise, il existe toujours un moyen de s’arranger et les deux enfants de Dieu rompront leurs vœux. Dès lors, l’amour guidera le pinceau du moine défroqué : la nonne de son cœur apparaîtra désormais dans toutes ses œuvres nécessitant une présence féminine : Marie, Sainte Anne ou, comme ici dans la fresque du Banquet d’Hérode dans la cathédrale de Prato en Toscane où Lucrezia servit de modèle à la belle et aérienne Salomé (en bas au centre de l’image) qui exécute une danse sensuelle devant le roi Hérode dans le seul et unique but de le charmer. En retour, le roi, amoureux fou de la princesse, lui offrit la tête de Saint Jean-Baptiste sur un plateau. Charmant… Pour la petite histoire, il faut savoir que Filippino, le rejeton de Filippo et Lucrezia, sera l’un des élèves les plus doués d’un certain Sandro Botticcelli…
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