#193 - Les 7 piliers de l'asado
L’asado est un incontournable, pire, une religion en Argentine. En premier lieu, il y a l’occasion – le prétexte parfois – pour se réunir à dix, vingt, trente autour d’une table. Un anniversaire, une communion, le retour d’un expatrié, la visite d’amis… Les amis des amis sont les bienvenus. En second, il y a le matériel : un barbecue en dur la plupart du temps (il faut être un peu sérieux quand même) agrémenté, grande comme une table de ping-pong, d’une grille métallique. Sous cette dernière, ni trop près, ni trop loin du feu, des braises savamment entretenues pour distiller une chaleur uniforme. En troisième, il y a la viande : des côtes de bœuf de trois kilos, du pavé, de l’onglet, du plat de côte et un peu de porc et d’agneau. On y trouve aussi des morceaux qui n’existent même pas en Europe ou du moins qu’on ne mange pas chez nous. Cœur, intestins, poumons… il y en a pour tous les palais. A croire que les bœufs d’Amérique du Sud n’ont pas la même anatomie que les nôtres ! En quatrième (et ce n’est pas là le moindre des points), il y a l’asador, son matériel sacré et ses secrets qu’il ne divulguera sous aucun prétexte, y compris la torture. Solitaire, son travail consistant à combler les appétits nécessite qu’on lui fiche la paix. La cuisson de la viande, c’est à la seconde près. Un paleron trop ou pas assez cuit et c’est la honte sur 7 générations. C’est presque pire que de perdre un match de foot contre le Brésil. Enfin, non, peut-être pas finalement. Le Brésil, c’est spécial. En cinquième, il y a l’accompagnement. Je ne songe pas ici aux légumes ou à la salade qui ne sont que de vulgaires anecdotes, mais plutôt aux à-côtés liquides. Un asado réussi est nécessairement agrémenté de quelques bouteilles de malbec ou de syrah de Mendoza, de Salta ou de Patagonie. En sixième, il y a la musique. Il n’est, en effet, pas rare en Argentine qu’une cousine, un vieil oncle, aidé en cela par les effets du point numéro cinq précédemment cité, pousse la chansonnette ou lance quelques accords de guitare, vite suivi par le reste de l’assemblée. En septième enfin, il y a la bonne humeur. On ne peut déontologiquement passer un bon asado si on est soucieux. De toute manière, si on l’est au début, on ne l’est plus à la fin à force de blagues, de souvenirs et de nourriture. Et voilà, c’est fini. Tard dans la soirée, on replie les tables et on fait la vaisselle. Chacun peut rentrer chez soi, repu et heureux… jusqu’au prochain asado.
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