#101 - Un dernier verre
Ils étaient venus boire un verre entre amis ou « casser une graine » en refaisant le monde. Parler football, musique, vacances, projets d’avenir ou politique en sirotant un Coca ou du déca. Un destin cruel et cynique a décidé que jamais ils n’auraient l’occasion de voir le soleil se lever au matin du 14 novembre 2015. Ils étaient loin de se douter que ce repas pris en « vitrine » du restaurant « Le Carillon » à Paris serait leur « ultima cena« , leur dernier moment de plaisir sur cette Terre. Leur dernier moment tout court. Peut-être encore plus que les impacts de Kalashnikov auxquels nous ne sommes pas habitués dans notre jungle urbaine, ce sont ces verres pour certains encore à moitié pleins pour l’éternité qui détonnent, ces salières de comptoir, ces couverts en métal argenté comme tout un chacun en possède chez lui. Ce ne sont pas des accessoires que l’on a l’habitude de voir sur des scènes de guerre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une guerre en plein Paris, pays de France. Et s’ils avaient eu trop de travail pour se rejoindre pour ce maudit « after work » ? Et s’ils avaient manqué leur train ? Et s’ils s’étaient disputés au point d’annuler leur rendez-vous ? Et s’ils avaient simplement décidé d’aller ailleurs, dans un autre café moins cher ou plus près de chez eux, de s’asseoir au fond de la salle pour être plus tranquilles ? La vie, la mort, ça tient décidément à pas grand-chose. Tout est dit. Avant que la mort ne nous saisisse, profitons donc de cette vie si versatile sans la moindre arrière-pensée. Ce qui est pris n’est plus à prendre. C’est bien la seule morale qu’on pourrait tirer d’une si triste affaire…
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