#076 - Rite initiatique

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Au même titre que les chutes d’Iguazu au Brésil et en Argentine, le site nabatéen de Pétra en Jordanie, le Macchu Picchu au Pérou ou la Grande Muraille en Chine… en Chine, la baie d’Halong au Vietnam reste un incontournable pour quiconque désire côtoyer le sublime de la Nature. Effectuer une croisière dans la Baie d’Halong, c’est un parcours initiatique, une succession de sensations contradictoires enivrantes. Jugez plutôt. Le départ se fait depuis la gigantesque ville portuaire et industrielle de Haiphong (un peu plus de deux millions d’habitants). Je plante le décor : circulation saturée, avenues bardées d’immeubles tous plus hauts les uns que les autres, symphonie d’échangeurs autoroutiers et d’enseignes lumineuses. Un téléphérique permet même de franchir tout ça en prenant de la hauteur. Les minibus à la queue-leu-leu vomissent leurs groupes de passagers dans un terminal digne d’un petit aéroport. Pas de contrôles de sécurité puisqu’on ne prend pas les airs et qu’on ne quitte pas le territoire vietnamien, mais beaucoup de bruit, d’agitation, de gens qui se croisent en se hâtant, de boutiques de nourriture et de souvenirs. Ici, les numéros des portes d’embarquement sont à deux chiffres. Une passerelle sur l’eau, une première navette – une petite embarcation type Zodiac d’une vingtaine de places – nous emmène en quelques minutes jusqu’à notre navire amarré plus loin. Nous laissons enfin l’agitation de la mégalopole derrière nous. Mais pas encore complètement. Notre attention est attirée par les premières formations karstiques. Dire qu’il y en a plus de deux mille qui nous attendent sur une superficie de mille-cinq-cents kilomètres carrés (quinze fois la surface de Paris intramuros). Une fois notre bateau de croisière atteint (avec trois ponts, une vingtaine de cabines pour cinquante mètres de long), le bruit de la ville s’estompe vraiment, mais la pollution visuelle des immeubles gris alignés en rang d’oignon est toujours présente. Vers 14 heures, c’est l’appareillage. A partir de cet instant, nous entrons dans un monde merveilleux, littéralement une autre planète, de la ouate de coton à l’état pur, vaporeuse à souhait. En raison de l’humidité ambiante, le grand soleil est rare à Halong. Il y règne une sorte de brume permanente que n’aurait pas renié les célèbres sfumatos de Léonard de Vinci. Les roches, comme posées sur l’eau (une légende du taoïsme veut qu’une famille de dragons ait craché des perles et du jade qui se seraient transformés comme par magie en îles et îlots devant les navires des envahisseurs) apparaissent et disparaissent, jouant avec la brume, au gré de notre lent cheminement. Là, un bateau de pêche rouge, jaune et vert pétants traverse presque (trop) violemment le paysage. Tache ultra colorée sur un fond pastel. Ici, un village flottant apporte une touche de vie là où tout semble minéral. A Halong, les sons sont atténués. Même sur le bateau, les conversations se font en chuchotant. Une fois le soir venu, le bateau jette l’ancre dans une petite crique. A la lueur de la lune, les karsts se découpent en ombre chinoise (ou plutôt vietnamiennes) au-dessus de l’horizon. Nous ne sommes pas seuls. La baie d’Halong possède une âme qui ne se révèle que la nuit. Bienveillante et généreuse, elle transforme durablement quiconque l’a croisée un jour.

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