#064 - Comme une extension naturelle de la main

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Inde, 4000 photos ; Turquie, 3500 photos ; Namibie, 3800 photos ; Afrique du sud, 2500 photos ; Costa-Rica, 2800 photos ; Guatemala, 2800 photos ; Argentine, 3300 photos ; Vietnam, 3500 photos ; Egypte, 3300 photos ou comme ici quelque part sur les îles Eoliennes en Sicile… Certaines personnes m’ont parfois fait la réflexion – le reproche ? – de faire trop de photos et ainsi de me soustraire à une partie des émotions que l’on peut éprouver en voyageant. J’y ai longuement réfléchi. Sérieusement, calmement, posément. Et s’ils avaient raison ? Peut-être effectivement que je passais à côté de l’essence des lieux que je visitais, ne comprenant rien à rien, obsédé que j’étais par la quête de l’image parfaite ? Et puis non en fait. A force de me poser cette question, j’ai fini par réaliser que mon réflexe, bien plus encore qu’un prolongement de ma main, représentait une extension de mon cerveau. J’ignore de quelle manière la chose opère, mais observer une scène – un paysage au coucher du soleil, un animal qui s’alimente, une rue animée, un personnage qui marche – dans l’idée de la photographier me confère l’étrange pouvoir d’exacerber mon acuité visuelle, plus concrètement de voir des choses – souvent d’infimes détails, ceux qui font toute la différence – que je n’aurais sans doute pas vus en l’absence de mon appareil. Devoir réfléchir à un cadrage à la fois équilibré, esthétique, dynamique et original me permet souvent de découvrir des textures, des teintes, des profondeurs qui seraient, autrement, passées inaperçues à mes yeux. Avec comme cerise sur le gâteau le souvenir de l’expérience figé à jamais sous forme de pixels colorés.

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