EGYPTE

Octobre 2025

L’album photo du voyage format magazine (22 x 28 cm) – 200 pages – 39.90 €

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ALEXANDRIE

Fondée en 331 av. J.-C. par Alexandre le Grand, la ville d’Alexandrie naît d’un projet politique autant que symbolique : créer, entre Méditerranée et Nil, une capitale capable de relier le monde grec à l’Égypte pharaonique. Après la mort du conquérant, son général Ptolémée Ier Sôter en fait la capitale de la dynastie lagide. La cité est alors conçue selon un plan orthogonal d’inspiration grecque, avec de larges avenues, des ports immenses et des quartiers spécialisés qui en font rapidement l’une des métropoles les plus brillantes de l’Antiquité. Son rayonnement repose sur deux institutions majeures : le Phare d’Alexandrie, considéré comme l’une des Sept Merveilles du monde, guide les navigateurs à l’entrée du port, tandis que la Bibliothèque d’Alexandrie et le Mouseion attirent savants, philosophes et scientifiques. On y étudie les mathématiques, l’astronomie, la médecine ou la géographie ; la ville devient le plus grand centre intellectuel du monde hellénistique. Au Ier siècle av. J.-C., Alexandrie est entraînée dans les luttes romaines. Jules César y intervient et soutient Cléopâtre VII, dont la mort marque la fin de l’indépendance égyptienne et l’intégration à l’Empire romain. La cité demeure toutefois un port essentiel pour l’approvisionnement en blé de Rome, puis de Constantinople. Avec la conquête arabe au VIIᵉ siècle, son rôle politique décline au profit du Caire, mais elle reste un carrefour commercial actif entre Orient et Méditerranée. Endommagée par séismes et transformations successives, l’ancienne ville antique disparaît sous les constructions médié-vales. À l’époque moderne, notamment après l’ex-pédition de Napoléon Bonaparte en 1798, Alexandrie renaît comme grand port international. Aujourd’hui encore, malgré la disparition de ses merveilles antiques, elle conserve l’image d’une cité fondée sur le dialogue des cultures, où se mêlent héritages grec, égyptien, romain et arabe.

La ville, le port, le Palais de Montaza, la bibliothèque, les vestiges romains...
Les catacombes de Kom es Shukufa
Le musée Gréco-romain

LE CAIRE

Le Caire est une ville-monde surgie des rives du Nil, un lieu où se superposent depuis plus de mille ans les héritages de l’Antiquité pharaonique, des califats islamiques, de l’Empire ottoman, de la colonisation européenne et de la modernité arabe. Capitale de l’Égypte, elle constitue aujourd’hui la plus grande métropole du monde arabe et de l’Afrique, avec une agglomération qui rassemble plus de vingt millions d’habitants. L’histoire du Caire commence officiellement en 969, lorsque la dynastie chiite des Fatimides fonde une nouvelle capitale au nord des anciennes cités de Fostat et de Memphis. La ville reçoit alors le nom d’« Al-Qahira », « la Victorieuse ». Mais le site est habité depuis bien plus longtemps : à quelques kilomètres seulement s’élèvent les pyramides de Gizeh, construites près de 2 500 ans avant notre ère sous les pharaons de l’Ancien Empire. Cette proximité entre l’Égypte antique et la ville contemporaine donne au Caire un caractère unique au monde. Sous les Fatimides, puis sous les Ayyoubides de Saladin et les Mamelouks, la ville devient un immense centre politique, religieux et commercial reliant la Méditerranée, l’Afrique et l’Orient. Les caravanes y apportent l’or, les épices, l’ivoire ou les étoffes précieuses. De cette époque subsistent d’innombrables mosquées, médersas et palais qui font du vieux Caire islamique l’un des ensembles urbains médiévaux les plus remarquables de la planète. Les minarets innombrables lui ont valu le surnom de « ville aux mille minarets ». Au XIXe siècle, sous le règne de Méhémet Ali puis du khédive Ismaïl, le Caire connaît une profonde transformation. Inspirés par Paris, les dirigeants font tracer de grandes avenues, bâtir des jardins et des immeubles haussmanniens. La ville devient alors une capitale cosmopolite où se croisent Arabes, Turcs, Arméniens, Grecs, Juifs et Européens. L’ouverture du canal de Suez en 1869 renforce encore son importance stratégique. Aujourd’hui, le Caire fascine autant qu’il déroute. La circulation y est dense, le bruit omniprésent, et la ville semble ne jamais dormir. Pourtant, derrière cette agitation se cache une extraordinaire vitalité humaine. Les cafés débordent jusque tard dans la nuit, les marchés du quartier de Khan el-Khalili regorgent d’épices et d’objets artisanaux, tandis que les appels à la prière rythment la journée. Le Nil demeure le cœur vivant de la cité : ses berges accueillent promenades, restaurants flottants et bateaux illuminés. Le Caire est aussi le grand centre intellectuel du monde arabe. L’université d’Al-Azhar, fondée au Xe siècle, compte parmi les plus anciennes institutions d’enseignement islamique encore actives. La ville possède également de prestigieux musées, notamment le Musée égyptien du Caire, qui conserve des trésors pharaoniques exceptionnels, parmi lesquels ceux de Toutânkhamon. Entre désert et fleuve, entre modernité et traditions millénaires, le Caire demeure une ville d’une intensité rare. Chaotique, monumentale, parfois épuisante mais profondément captivante, elle offre l’impression de traverser plusieurs civilisations à la fois.

Le G.E.M. (Grand Musée Egyptien)

Le Grand Musée Égyptien (GEM) du Caire est l’un des plus vastes projets culturels jamais consacrés à l’Antiquité. Implanté sur le plateau de Gizeh, à proximité immédiate des pyramides, il a été conçu pour dialoguer visuellement et symboliquement avec ces monuments emblématiques. Avec près de 500 000 m², le GEM est le plus grand musée archéologique au monde dédié à une seule civilisation. Son architecture contemporaine, aux lignes triangulaires inspirées du désert, associe pierre, béton et vastes surfaces vitrées. La façade monumentale laisse pénétrer la lumière naturelle tout en protégeant les collections des contraintes climatiques. Lancé au début des années 2000 à l’issue d’un concours international, le chantier a mobilisé des moyens techniques considérables. L’ouverture au public s’est faite progressivement, l’inauguration officielle du 1er novembre 2025 marquant l’aboutissement d’un projet de portée nationale et internationale. Le musée abrite plus de 100 000 objets, retraçant toute l’histoire de l’Égypte ancienne. Son joyau est la collection complète de Toutânkhamon, exposée pour la première fois dans un seul lieu. Le parcours, à la fois chronologique et thématique, s’appuie sur une muséographie moderne destinée à éclairer le visiteur averti sur la richesse et la complexité de la civilisation pharaonique.

La citadelle de Saladin

Dominant l’horizon de Le Caire depuis un éperon rocheux du Muqattam, la Citadelle de Saladin constitue l’un des ensembles militaires et monumentaux les plus embléma-tiques du monde islamique. Elle fut fondée en 1176 par Saladin afin de protéger la ville contre les Croisés et d’unifier les anciennes capitales fatimides et ayyoubides derrière une même enceinte fortifiée. Ses murailles mas-sives, ponctuées de tours et de portes coudées, témoi-gnent d’une architecture défensive conçue pour résister aux sièges médiévaux tout en affirmant la puissance du souverain. Au fil des siècles, la citadelle devint le cœur du pouvoir égyptien : résidence des sultans mamelouks puis des gouverneurs ottomans, elle forma une véritable ville palatiale avec casernes, palais, arsenaux et mosquées. Parmi elles se distingue la sobre et élégante Mosquée al-Nasir Muhammad (XIVᵉ siècle), chef-d’œuvre mamelouk aux colonnes antiques réemployées. Au XIXᵉ siècle, le vice-roi Méhémet Ali transforma profondément le site en y édifiant la monumentale Mosquée Mohammed Ali, recon-naissable à ses coupoles ottomanes et à ses minarets élancés. Depuis ses terrasses, la vue embrasse toute la métropole jusqu’aux pyramides, rappelant que cette forteresse fut à la fois un bastion militaire, un centre politique et un symbole durable de l’autorité sur l’Égypte.

Le musée historique de la Place Tahrir

Le Musée égyptien du Caire, communément appelé musée de Tahrir, est l’un des plus anciens musées au monde consacrés entièrement à une seule civilisation. Son origine remonte au XIXᵉ siècle, à une période où les antiquités égyptiennes faisaient l’objet de pillages massifs et d’exportations incontrôlées vers l’Europe. Face à cette situation, l’État égyptien entreprend de protéger son patrimoine et crée un service chargé des antiquités. Cette politique doit beaucoup à l’égyptologue français Auguste Mariette, figure majeure de l’égyptologie moderne. Nommé en 1858 directeur du Service des Antiquités d’Égypte, Mariette lutte contre le trafic d’objets et défend l’idée d’un musée national conservant les découvertes sur le sol égyptien. En 1863, il fonde un premier musée à Boulaq, au bord du Nil, afin d’y rassembler les principales œuvres. Après une crue dévas-tatrice, les collections sont transférées à Gizeh, dans le palais d’Ismaïl Pacha. L’essor rapide des collections rend nécessaire la construction d’un nouveau bâtiment. Un concours est remporté en 1895 par l’architecte français Marcel Dourgnon. Le musée actuel, de style néoclassique, est inauguré en 1902. Il devient rapidement le centre mondial de l’égyptologie. Au fil du XXᵉ siècle, sa renommée est renforcée par l’entrée des trésors de Toutankhamon, découverts en 1922, ainsi que par des milliers de statues, sarcophages, reliefs, papyrus et objets de la vie quotidienne couvrant plus de 5000 ans d’histoire. En 2025, de nombreuses pièces sont transférées vers le Grand Musée Égyptien de Gizeh.

Le plateau de Guizeh

Le Plateau de Gizeh, situé sur la rive ouest du Nil à proximité de l’actuelle ville du Caire, constitue l’un des ensembles archéologiques les plus célèbres et les plus étudiés du monde. Cette vaste terrasse calcaire domine l’ancienne plaine alluviale du fleuve et formait déjà dans l’Antiquité un promontoire désertique stable, idéal pour l’implantation de monuments funéraires monumentaux. Le site est surtout connu pour abriter les trois grandes pyramides de l’Ancien Empire : la pyramide de Khéops, la plus vaste, celle de Khéphren, reconnaissable à sa position légèrement surélevée et aux restes de son revêtement calcaire au sommet, et la pyramide de Mykérinos, plus petite mais autrefois partiellement revêtue de granite rouge. Ces monuments furent construits durant la IVᵉ dynastie, vers 2600-2500 av. J.-C., à une époque où l’État phara-onique disposait d’une organisation administrative et technique capable de mobiliser des dizaines de milliers d’ouvriers. À proximité des pyramides se dresse la célèbre Grand Sphinx de Gizeh, gigantesque statue taillée directement dans le substrat rocheux. Long d’environ 73 mètres et haut de 20 mètres, il représente un lion à tête humaine, généralement associé au pharaon Khéphren. Le sphinx gardait symboliquement l’accès au complexe funéraire et incarnait la puissance royale et solaire. Le plateau de Gizeh ne se limite cependant pas à ces monuments emblématiques. Il comprend également des temples funéraires, des chaussées processionnelles reliant les pyramides à la vallée du Nil, des pyramides secondaires destinées aux reines, ainsi que de vastes nécropoles de mastabas appartenant aux hauts dignitaires de la cour. Les fouilles ont aussi révélé les vestiges d’une véritable ville d’ouvriers, où vivaient les artisans et les travailleurs chargés de la construction et de l’entretien des monuments. Aujourd’hui, cet ensemble exceptionnel constitue la partie la plus célèbre de la Nécropole de Memphis.

Le Nouveau Musée de la Civilisation (NMEC)
Le vieux Caire

Au cœur du Caire historique, la rue Rue Al‑Muizz li‑Din Allah constitue l’un des ensembles urbains médiévaux les plus remarquables du monde islamique. Tracée au Xe siècle lors de la fondation de Le Caire par les Fatimides, elle formait l’axe principal de la nouvelle capitale. Bordée de mosquées, de madrassas, de palais et de caravansérails, elle concentre aujourd’hui une extraordinaire densité de monuments mamelouks et ottomans, dont les façades richement sculptées témoignent de l’âge d’or architectural de la ville. À son ex-trémité se déploie le célèbre marché de Khan el‑Khalili, fondé au XIVe siècle à l’emplacement d’un ancien caravansérail. Ce labyrinthe d’allées animées rassemble boutiques d’artisanat, ateliers de cuivre, parfumeries, échoppes d’épices et cafés traditionnels. Depuis des siècles, marchands, voyageurs et pèlerins s’y croisent, faisant de ce souk l’un des centres commerciaux et culturels les plus vivants du monde arabe.

Le site de Dahchour

Le site de Dahchour, situé à une quarantaine de kilomètres au sud du Caire, est l’un des ensembles pyramidaux les plus importants de l’Égypte antique, bien que moins fréquenté que Gizeh ou Saqqarah. Il s’étend en bordure du désert, sur un plateau dominant la val-lée du Nil, et offre un témoignage essentiel de l’évolution de l’architecture funéraire à l’époque de l’Ancien Empire. Dahchour est surtout célèbre pour les pyramides du pharaon Snéfrou (vers 2600 av. J.-C.), fondateur de la IVᵉ dy-nastie et père de Khéops. La pyramide rhomboïdale, ou « pyramide brisée », est particulièrement remarquable : son angle d’inclinaison change en cours de construction, passant d’une pente raide à une pente plus douce, probablement en raison de problèmes de stabilité. Elle conserve encore une partie de son revêtement en calcaire blanc, offrant un aperçu rare de l’aspect originel des pyramides. Non loin se dresse la pyramide rouge, considérée comme la première pyramide à faces lisses parfai-tement aboutie. Avec ses lignes régulières et sa teinte chaude due à la couleur de la pierre, elle marque une étape décisive dans la maîtrise technique des bâtisseurs égyptiens. Le site comprend également d’autres pyramides plus tardives, datant du Moyen Empire, ainsi que des vestiges de temples funéraires, de chaussées processionnales et de tombes de dignitaires. Moins densément occupé que Saqqarah, Dahchour se distingue par l’ampleur de ses monuments et le sentiment d’espace qui s’en dégage. Aujourd’hui encore, le silence du désert, la lumière changeante sur les pierres et l’état de conserva-tion exceptionnel de certains édifices confèrent à Dahchour une atmosphère à la fois majestueuse et intemporelle, révélant les premières grandes expérimentations qui ont conduit à l’apogée des pyramides égyptiennes.

Le mastaba de Ti

Le mastaba de Ti, situé sur le site de Saqqarah, est l’une des tombes privées les plus remarquables de l’Ancien Empire égyptien, datée de la Vᵉ dynastie (vers 2500 av. J.-C.). Il appartenait à Ti, un haut dignitaire de la cour royale, administrateur des domaines et proche du pouvoir, sans être lui-même de sang royal. Sa sépulture témoigne ainsi du prestige croissant de l’élite administrative à cette époque. De l’extérieur, le mastaba se présente comme une construction rectangulaire en pierre, aux murs légèrement inclinés, caractéristique de ce type de tombe. Mais c’est à l’intérieur que se révèle toute sa richesse. Un réseau de salles et de couloirs mène à une chapelle funéraire dont les parois sont entièrement couvertes de bas-reliefs d’une finesse exceptionnelle. Ces reliefs constituent un véritable livre de la vie quotidienne dans l’Égypte antique. On y voit des scènes agricoles détaillées — labour, récolte, élevage — mais aussi la pêche, la chasse dans les marais, la fabrication du pain et de la bière, ou encore des processions d’offrandes. Ti y est souvent représenté dans des proportions plus grandes que les autres personnages, soulignant son statut social. Les artistes ont accordé une attention remarquable aux gestes, aux attitudes et aux détails, donnant une impression de mouvement et de vitalité rare pour l’époque. Certaines scènes sont particulièrement célèbres, comme celles des hippopotames dans les marais ou des bateliers manœuvrant leurs embarcations. Elles témoignent d’un sens aigu de l’observation et d’une grande maîtrise artistique. Au-delà de sa beauté, le mastaba de Ti illustre les croyances funéraires égyptiennes : ces images n’étaient pas seulement décoratives, mais destinées à assurer au défunt la continuité de ses activités dans l’au-delà. Ainsi, cette tombe apparaît comme un espace à la fois artistique, symbolique et profondément humain, offrant un regard exceptionnel sur la société de l’Ancien Empire.

Le mastaba de Mererouka

Le mastaba de Mérouka (Mererouka), situé à Saqqarah, est l’une des plus vastes et des plus impressionnantes tombes privées de l’Ancien Empire, datée de la VIᵉ dynastie (vers 2300 av. J.-C.). Mérouka était un haut dignitaire, vizir du pharaon Téti, chargé de fonctions administratives majeures, ce qui explique la richesse exceptionnelle de sa sépulture. Le mastaba se distingue par son ampleur : il comprend plus de trente pièces réparties autour de plusieurs axes, formant un véritable labyrinthe de salles, de couloirs et de chapelles. Cette complexité reflète le statut élevé du défunt, mais aussi celui de sa famille, puisque certaines parties sont dédiées à son épouse et à son fils. Les parois sont ornées de bas-reliefs d’une qualité remarquable, parmi les plus aboutis de l’art égyptien. On y retrouve des scènes de la vie quotidienne similaires à celles du mastaba de Ti, mais souvent plus dynamiques et détaillées : chasse dans les marais, pêche, élevage, artisanat ou encore transport de statues. Les figures sont élégantes, les proportions maîtrisées et les compositions d’une grande fluidité. Mérouka y apparaît fréquemment, représenté à grande échelle, entouré de serviteurs et recevant des offrandes. Certaines scènes, pleines de mouvement et d’humour discret, témoignent d’un sens aigu de l’observation. Au-delà de son intérêt artistique, ce mastaba illustre parfaitement les croyances funéraires de l’époque : il s’agissait de recréer un univers complet destiné à accompagner le défunt dans l’au-delà, garantissant la continuité de son statut et de ses activités pour l’éternité.

Le site de Saqqarah

Le site de Saqqarah, vaste nécropole de l’Égypte antique située au sud du Caire, constitue l’un des ensembles archéologiques les plus riches et les plus anciens du pays. Il s’étend sur plusieurs kilomètres en bordure du désert, dominant la vallée fertile du Nil, et servit de lieu d’inhumation à l’ancienne capitale Memphis pendant plus de trois millénaires. Son monument le plus célèbre est la pyramide à degrés du pharaon Djéser, construite au IIIᵉ millénaire av. J.-C. par l’architecte Imhotep. Considérée comme la première pyramide de pierre de l’histoire, elle marque une étape fondamentale dans l’évolution de l’architecture funéraire égyptienne. Avec ses six mastabas superposés, elle s’élève au cœur d’un vaste complexe cérémoniel entouré d’une enceinte monumentale et de cours rituelles. Autour de cette pyramide emblématique se déploie une multitude de tombes, de mastabas et de monuments funéraires appartenant à des dignitaires, prêtres et hauts fonctionnaires. Ces sépultures, souvent richement décorées, offrent un témoignage exceptionnel de la vie quotidienne dans l’Égypte ancienne : scènes agricoles, artisanales ou religieuses y sont finement gravées et peintes. Saqqarah ne se limite pas à l’Ancien Empire. Le site fut utilisé jusqu’à l’époque gréco-romaine, comme en témoignent les sérapéums, vastes galeries souterraines dédiées au culte du taureau Apis. On y découvre également des pyramides plus tardives, comme celles d’Ounas ou de Téti, dont les chambres funéraires conservent les plus anciens textes religieux connus, les « Textes des pyramides ». Entre désert et vallée, silence minéral et mémoire millénaire, Saqqarah offre aujourd’hui un paysage fascinant, où l’histoire de l’Égypte semble s’étendre à perte de vue, révélant les premières grandes ambitions monumentales de l’humanité.

Le serapeum de Saqqarah

Le Sérapéum de Saqqarah est un vaste complexe souterrain dédié au culte du taureau Apis, animal sacré considéré comme l’incarnation du dieu Ptah. Aménagé à partir du Nouvel Empire et développé sous les pharaons saïtes et ptolémaïques, il se présente comme un réseau de galeries creusées dans le calcaire du plateau. Ces couloirs monumen-taux abritent d’impressionnants sarcophages de granit, parfois pesant plus de 60 tonnes, destinés à accueillir les dépouilles momifiées des taureaux sacrés. Chaque animal, choisi pour ses signes distinctifs, faisait l’objet d’un culte de son vivant, puis de funérailles solennelles à sa mort. Découvert au XIXᵉ siècle par Auguste Mariette, le Sérapéum fascine par son atmosphère mystérieuse, ses dimensions et la précision de ses aménagements. Il témoigne de l’importance du culte animal dans la religion égyptienne et du lien étroit entre pouvoir, divinité et monde des morts.

ABYDOS

Situé en Haute-Égypte, le temple d’Abydos, principalement l’œuvre du pharaon Séthi Ier (XIXe dynastie), est l’un des lieux les plus sacrés et mystérieux de l’Égypte ancienne. Considéré comme la nécropole d’Osiris, dieu de la résur-rection, il était un centre de pèlerinage majeur où chaque Égyptien espérait, une fois mort, être associé au destin du dieu. Contrairement au plan axial classique des temples égyptiens, celui d’Abydos présente une forme inhabituelle en « L ». Ce changement de direction, opéré lors de la construc-tion, visait probablement à contourner une structure plus ancienne ou à respecter la présence de l’Osiréion situé juste derrière. Le temple se distingue par ses sept sanctuaires alignés, dédiés à Séthi Ier divinisé, Ptah, Ré-Horakhty, Amon-Ré, Osiris, Isis et Horus. Le temple est célèbre pour la qualité exceptionnelle de ses bas-reliefs. Les sculptures de Séthi Ier sont d’une finesse et d’une élégance rares, conservant par endroits leurs pigments originaux. Dans un couloir latéral, le temple abrite un trésor historique inestimable : la Table d’Abydos. Ce relief représente Séthi Ier et son jeune fils, le futur Ramsès II, rendant hommage à 76 de leurs ancêtres royaux. Cette liste est une source cruciale pour les égypto-logues, bien qu’elle omette volontairement les souverains jugés illégitimes ou controversés, comme Hatchepsout ou Akhenaton. À l’arrière du temple principal se trouve l’Osiréion, un monument mégalithique semi-souterrain composé de blocs de granit colossaux conçu comme une île entourée d’un canal, symbolisant la butte primordiale surgie des eaux du Noun. Ce cénotaphe, censé abriter la tombe d’Osiris, dégage une atmosphère de puissance absolue.

DENDERAH

Le temple de Dendérah, situé sur la rive ouest du Nil à environ 60 km au nord de Louxor, est l’un des ensembles religieux les mieux conservés de l’Égypte ancienne. Principalement dédié à la déesse Hathor, divinité de l’amour, de la joie, de la musique et du ciel, il fut un centre religieux majeur durant plus de deux millénaires. Le temple visible aujourd’hui date essentiellement de l’époque ptolémaïque et romaine (Iᵉʳ siècle av. J.-C. – Iᵉʳ siècle apr. J.-C.), bien qu’il succède à des sanctuaires plus anciens remontant à l’Ancien Empire. Son architecture se distingue par un vaste pronaos à façade massive, soutenu par 24 colonnes ha-thoriques dont les chapiteaux portent le visage serein de la déesse. L’état de conservation exceptionnel des reliefs et des couleurs permet d’apprécier la richesse décorative d’origine. Les murs et plafonds sont couverts de scènes rituelles, de processions divines et de textes hiéroglyphiques d’une grande précision. Le plafond astronomique est particulièrement célèbre : il représente le ciel, les constellations, les décans et le cycle des étoiles, illustrant la conception égyptienne du temps et du cosmos. C’est à Dendérah qu’a été découvert le célèbre zodiaque, aujour-d’hui conservé au musée du Louvre. Le complexe comprend également un mammisi (chapelle de naissance divine), des cryptes secrètes, des escaliers monumentaux menant au toit et un lac sacré. Ces espaces étaient utilisés lors de fêtes religieuses, notamment celles célébrant l’union symbolique d’Hathor et d’Horus d’Edfou. Sanctuaire religieux, observatoire symbolique et œuvre d’art, Dendérah est dans un état de conservation remarquable.

RIVE EST DU NIL - LOUXOR

Le temple de Louxor

Le temple de Louxor, situé au cœur de l’ancienne Thèbes (aujourd’hui Louxor), est un grand sanctuaire égyptien du Nouvel Empire, dédié principalement à la triade thébaine : Amon-Rê, Mout et Khonsou. Construit au départ sous Amenhotep III (XVIIIᵉ dynastie) et largement agran-di par Ramsès II, il servait de centre religieux actif, notamment pour le festival d’Opet, durant lequel la statue d’Amon était transportée en procession depuis Karnak jusqu’à Louxor. Le temple se distingue par son entrée monumentale : un pylône flanqué de deux obélisques (dont un seul reste sur place, l’autre ayant été donné à la France, il est, aujourd’hui, au centre de la Place de la Concorde à Paris) et une avenue de sphinx qui le reliait autrefois à Karnak. À l’intérieur, on trouve une cour, un hall hypostyle aux colonnes massives et un sanctuaire, où se tenait la statue divine. Les murs étaient richement décorés de reliefs et de scènes rituelles, de victoires militaires et d’offran-des, souvent colorés à l’origine. Au fil des siècles, le temple a été transformé en église chrétienne, puis en mosquée, ce qui explique la présence de structures islamiques intégrées. Aujourd’hui, il reste un des monuments les plus impressionnants de Louxor, symbole de la puissance religieuse et politique de l’Égypte antique.

Le musée de Louxor
Le temple de Karnak

Le temple de Karnak, situé à Louxor sur la rive orientale du Nil, est le plus vaste com-plexe religieux jamais édifié dans l’Égypte antique. Dédié au dieu Amon, il fut agrandi durant près de deux millénaires, du Moyen Empire à l’époque ptolémaïque, par des pharaons parmi les plus illustres, dont Sésostris Ier, Thoutmosis III, Hatchepsout et Ramsès II. Le cœur du site est le sanc-tuaire d’Amon-Rê, accessible par une suc-cession de pylônes monumentaux reliés par des allées de sphinx. L’élément le plus spectaculaire demeure la grande salle hypostyle, vaste forêt de 134 colonnes géantes, dont certaines s’élèvent à plus de 20 mètres, autrefois couvertes de couleurs éclatantes. Obélisques, statues colossales, lacs sacrés et chapelles secondaires rythment l’espace sacré. Karnak n’était pas un temple figé, mais une cité divine vivante, centre spirituel et politique de Thèbes. Il jouait un rôle majeur lors des grandes fêtes, notamment la procession d’Opet, reliant Karnak au temple de Louxor. Aujourd’hui encore, ses ruines monumentales témoignent de la puissance de l’Égypte pharaonique.

LES COMPLEXES DE LA RIVE OUEST DU NIL

Les colosses de Memnon

Les colosses de Memnon sont deux statues monumentales en quartzite représentant le pharaon Amenhotep III, qui régna au XIVᵉ siècle av. J.-C., durant la XVIIIᵉ dynastie. Dressés sur la rive ouest du Nil, face au soleil levant, près de l’actuelle Louxor, ils mesurent chacun environ 18 mètres de haut et pèsent plus de 700 tonnes. À l’origine, ils marquaient l’entrée du vaste temple des « millions d’années » d’Amenhotep III, aujourd’hui presque entièrement disparu. Le pharaon est figuré assis sur son trône, les mains posées à plat sur les genoux, vêtu du pagne royal et coiffé du némès. Sur les côtés du trône apparaissent des figures secondaires finement sculptées : la reine Tiyi et la mère du roi, Moutemouia, ainsi que le symbole du sema-taouy, représentant l’union de la Haute et de la Basse-Égypte. Endommagés par des séismes dès l’Antiquité, les colosses devinrent célèbres à l’époque gréco-romaine pour les mystérieux sons émis par l’un d’eux à l’aube, phénomène attribué au héros mythique Memnon.

Le temple de Ramses III

Le temple de Ramsès III, connu sous le nom de Médinet Habou, est l’un des ensembles cultuels les mieux conservés de la rive ouest du Nil à Louxor. Construit au XIIᵉ siècle av. J.-C., durant la XXᵉ dynastie, il était dédié à la fois au culte funéraire du pharaon et au dieu Amon. L’édifice se distingue par son aspect massif et fortifié : de hauts murs d’enceinte en briques crues protégeaient le sanctuaire, témoignant d’une époque troublée marquée par des conflits. L’entrée principale est dominée par un imposant pylône décoré de scènes de victoires militaires, notamment contre les Peuples de la Mer. À l’intérieur, des cours à portiques, des salles hypostyles et des sanctuaires richement sculptés se succèdent. Les reliefs, remarquablement conservés, montrent Ramsès III accomplissant des rituels, recevant la protection des dieux ou célébrant ses triomphes. Autrefois, les murs étaient couverts de couleurs vives, faisant du temple un lieu de symbolisme religieux et de propagande royale.

Le temple d'Hatchepsout

Le temple funéraire d’Hatchepsout, nommé Djeser-Djeserou (« le Saint des Saints »), se dresse sur la rive ouest du Nil, à Deir el-Bahari, adossé à l’imposante falaise thébaine dont il épouse harmonieusement les lignes naturelles. Construit au XVe siècle av. J.-C. sous la XVIIIᵉ dynastie, ce monument était destiné à célébrer la reine-pharaon Hatchepsout et à assurer son culte funéraire éternel. Le temple se développe sur trois vastes terrasses superposées, reliées par de longues rampes axiales. Cette composition horizontale, rare en Égypte, crée une progres-sion solennelle vers le sanctuaire. Les terrasses sont bordées de portiques à piliers carrés, autrefois richement décorés de reliefs peints. Ceux-ci racontent les grands épisodes du règne d’Hatchep-sout : sa naissance divine, son couronnement, mais surtout la célèbre expédition au pays de Pount, source de myrrhe, d’encens et de richesses exotiques. Au fond de l’axe central s’ouvre le sanctuaire d’Amon-Rê, creusé partiellement dans la roche, point culminant symbolique et spirituel de l’édifice. Le temple abritait également des chapelles dédiées à Hathor et à Anubis, recon-naissables à leurs colonnes à chapiteaux hathoriques.

Le tombeau de Ramose

Le tombeau de Ramose (TT55) se situe dans la nécropole thébaine de Cheikh Abd el-Gournah, sur la rive ouest du Nil à Louxor. Daté de la fin de la XVIIIᵉ dynastie, il appartient à Ramose, vizir sous les règnes d’Amenhotep III puis d’Akhenaton, à une période charnière de l’histoire égyptienne. Le monument se distingue par son architecture monumentale et son plan en T, annonçant le prestige exceptionnel de son propriétaire. Une vaste salle transversale à piliers précède un long couloir axial menant au sanctuaire. Les parois sont célèbres pour la qualité exceptionnelle de leurs reliefs, parmi les plus raffinés de l’art thébain. Le tombeau illustre une transition stylistique majeure : certaines scènes, d’un classicisme parfait, montrent Ramose recevant des offrandes ou supervisant des travaux sous Amenhotep III, tandis que d’autres, inachevées mais novatrices, adoptent le style amarnien, plus naturaliste, avec Akhenaton et Néfertiti honorant le disque solaire Aton. Cette coexistence unique confère au tombeau une valeur historique exception-nelle. Jamais achevé, probablement en raison des bouleverse-ments religieux de l’époque, le tombeau de Ramose demeure un témoignage saisissant du passage entre deux visions du pouvoir, de l’art et du sacré dans l’Égypte antique.

La vallée des Reines & des Artisans

La Vallée des Reines, située sur la rive ouest du Nil face à Louxor, est l’une des grandes nécropoles de l’Égypte antique. Utilisée principalement durant la XIXe et la XXe dynastie du Nouvel Empire, elle était destinée aux épouses royales, aux princes et aux enfants des pharaons. Les anciens Égyptiens la nommaient Ta Set Neferou, « le lieu de la beauté », soulignant son caractère sacré et prestigieux. Nichée dans un vallon aride dominé par des falaises calcaires, la vallée abrite plus de 90 tombes, creusées profondément dans la roche afin de protéger les défunts. Si beaucoup sont modestes, certaines comptent parmi les plus remarquables de l’art funéraire égyptien. La plus célèbre est celle de la reine Néfertari, épouse de Ramsès II, réputée pour ses peintures polychromes d’une finesse exceptionnelle, représentant la reine guidée par les dieux vers l’au-delà. Les tombes sont décorées de scènes inspirées des textes funéraires et du Livre des Morts, illustrant le voyage de l’âme, la renaissance et la protection divine. L’ensemble témoigne du raffinement artistique et de l’importance symbolique accordée aux femmes royales dans l’idéologie du pouvoir pharaonique.

La Vallée des Artisans, aujourd’hui appelée Deir el-Médina, se situe sur la rive ouest du Nil, face à Louxor, non loin de la Vallée des Rois. Fondée au début du Nouvel Empire, probablement sous Thoutmosis Ier, elle abritait la communauté des artisans chargés de creuser et décorer les tombes royales. Ce village clos, organisé selon un plan régulier, regroupait tailleurs de pierre, peintres, sculpteurs et scribes, employés et rémunérés par l’État. Les habitants bénéficiaient d’un statut privilégié, avec des maisons en briques crues, des salaires en nature et un accès à une culture écrite remarquable. Les nombreuses ostraca retrouvées révèlent leur vie quotidienne, leurs conflits, leurs croyances et même la première grève connue de l’histoire. La vallée compte aussi de petites nécropoles privées, dont les tombes richement décorées témoignent d’un art intime et expressif, différent de l’iconographie royale. Dédiée à des divinités protectrices comme Ptah, Meretseger ou Hathor, la Vallée des Artisans offre un témoignage unique sur la vie, le travail et la spiritualité de ceux qui façonnèrent les chefs-d’œuvre funéraires de l’Égypte antique.

La vallée des Rois

La Vallée des Rois, située sur la rive ouest du Nil face à Louxor, est l’une des nécropoles les plus emblématiques de l’Égypte antique. Utilisée principalement entre les XVIIIᵉ et XXᵉ dynasties du Nouvel Empire (vers 1550–1070 av. J.-C.), elle fut choisie comme lieu de sépulture des pharaons, de certains membres de la famille royale et de hauts dignitaires. Les anciens Égyptiens la nommaient Ta Set Maat, « le lieu de la Vérité ». Enserrée dans un paysage minéral de vallées étroites et de falaises calcaires dominées par le pic naturel d’el-Qurn, assimilé à une pyramide naturelle, la vallée offrait un cadre à la fois sacré et discret. Contrairement aux pyramides de l’Ancien Empire, visibles de loin, les tombes royales y sont creusées profondément dans la roche, afin de protéger les défunts des pillages et de symboliser le voyage souterrain du soleil dans l’au-delà. La vallée compte aujourd’hui plus de 60 tombes, identifiées par le sigle KV (King’s Valley). Leur architecture suit un axe descendant composé de couloirs, de puits et de salles funéraires. Les parois sont richement décorées de textes et scènes religieuses issus du Livre des Portes, du Livre des Cavernes ou de l’Amduat, destinés à guider le pharaon dans sa renaissance éternelle aux côtés d’Osiris et de Rê. La tombe la plus célèbre est celle de Toutânkhamon (KV62), découverte presque intacte en 1922 par Howard Carter, révélant un trésor exceptionnel. D’autres sépultures, comme celles de Séthi Ier ou de Ramsès VI, impressionnent par la qualité de leurs décors. Lieu de silence, de pierre et de croyances, la Vallée des Rois incarne l’aboutissement de la pensée funéraire égyptienne et demeure un témoignage majeur de la puissance, de l’art et de la spiritualité du Nouvel Empire.

Une balade en montgolfière au petit matin

AU FIL DU NIL

LE TEMPLE DE KOM OMBO

Le temple de Kom Ombo, situé sur une colline dominant le Nil entre Edfou et Assouan. Édifié principalement à l’époque ptolémaïque (IIᵉ–Iᵉʳ siècle av. J.-C.), il se distingue par son plan parfaitement symétrique, dédié à deux divinités : Sobek, le dieu crocodile, symbole de fertilité et de puissance, et Haroëris (Horus l’Ancien), dieu céleste et protecteur. Le temple possède ainsi deux entrées, deux cours, deux salles hypostyles et deux sanctuaires parallèles, reflétant l’équilibre entre les deux cultes. Les reliefs sont d’une grande finesse et présentent des scènes rituelles, des calendriers religieux, mais aussi de remarquables représentations d’instruments médicaux, témoignage du savoir scientifique égyptien. À proximité se trouvait un crocodilarium, où étaient momifiés des crocodiles sacrés voués à Sobek.

LE TEMPLE D'EDFOU

Le temple d’Edfou, situé sur la rive occidentale du Nil entre Louxor et Assouan, est l’un des temples égyptiens les mieux conservés. Dédié au dieu Horus, il fut édifié à l’époque ptolémaïque, entre 237 et 57 av. J.-C., sur l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien. L’ensemble suit un plan classique hérité du Nouvel Empire. On accède au temple par un pylône monumental de 36 mètres de haut, décoré de scènes montrant le pharaon terrassant les ennemis d’Horus. Devant l’entrée se dressaient autrefois des statues du dieu-faucon en granit noir. Le pylône ouvre sur une vaste cour péristyle, lieu de rassemblement lors des fêtes religieuses. Plus loin, une salle hypostyle aux lourdes colonnes peintes mène aux espaces de plus en plus sacrés, jusqu’au sanctuaire, où était conservée la barque divine d’Horus. Les murs sont couverts d’inscriptions d’une richesse exceptionnelle, décrivant mythes, rituels, fêtes et pratiques sacerdotales. Grâce à cet état de conservation remarquable, le temple d’Edfou est une source majeure pour la compréhension de la religion égyptienne tardive et de ses rites.

ASSOUAN : L'OBELISQUE INACHEVE & LE MUSEE

LE TEMPLE DE PHILAE

Le temple de Philae, situé sur une île du Nil au sud de l’Égypte, près d’Assouan, est l’un des sanctuaires les plus célèbres de l’Antiquité égyptienne. Dédié principalement à la déesse Isis, il fut pendant des siècles un grand centre religieux où pèlerins et prêtres venaient honorer la déesse de la magie, de la maternité et de la résurrection. Son nom antique, « Pilak », signifiait probablement « l’extrémité », car il marquait la frontière méridionale du monde égyptien. Le complexe actuel fut essentiellement construit à l’époque ptolémaïque, entre le IVe et le Ier siècle avant notre ère, puis complété sous la domination romaine. Les souverains grecs d’Égypte, désireux de s’intégrer à la tradition pharaonique, y firent ériger des pylônes monumentaux, des colonnades élégantes et des salles richement décorées. Les reliefs représentent les rituels sacrés accomplis devant Isis, Osiris et Horus, dans un style mêlant influences égyptiennes et hellénistiques. L’un des éléments les plus remarquables est le kiosque de Trajan, gracieux pavillon ouvert sur le Nil dont les colonnes fines et harmonieuses sont devenues emblématiques du site. L’ensemble possède une atmosphère singulière : les pierres blondes se reflètent dans les eaux du fleuve, tandis que les sanctuaires, cours et chapelles donnent l’impression d’un palais flottant. Le temple de Philae est également célèbre pour avoir été l’un des derniers lieux où la religion égyptienne antique fut pratiquée. Les cultes païens y subsistèrent jusqu’au VIe siècle après J.-C., bien après la christianisation de l’Empire romain. Des croix gravées et des inscriptions coptes témoignent de cette transformation progressive du sanctuaire en église chrétienne. Au XXe siècle, la construction du haut barrage d’Assouan menaça le site de submersion. Grâce à une vaste campagne internationale menée par l’UNESCO dans les années 1960, les temples furent démontés pierre par pierre puis reconstruits sur l’île voisine d’Agilkia, sauvant ainsi ce joyau exceptionnel du patrimoine mondial.

LE TEMPLE D'ABOU SIMBEL

Le temple d’Abou Simbel, creusé dans la falaise de grès de Nubie au XIIIᵉ siècle av. J.-C., est l’une des plus spectaculaires créations de l’Égypte antique. Édifié sous le règne de Ramsès II (XIXᵉ dynastie), il se composait de deux sanctuaires rupestres dominant le Nil. Le grand temple était dédié à Rê-Horakhty, Amon, Ptah et à Ramsès II lui-même divinisé. Sa façade monumentale, taillée dans la roche, était dominée par quatre statues colossales du pharaon, hautes de plus de 20 mètres, incarnant la puissance éternelle du souverain. À l’intérieur, une succession de salles ornées de reliefs glorifiait ses victoires, notamment la bataille de Qadesh, et menait au sanctuaire où, deux fois par an, le soleil venait illuminer les statues divines. Le temple voisin, plus petit, était consacré à la déesse Hathor et à la reine Néfertari, rare hommage à une épouse royale représentée à égalité avec le pharaon. Au XIXᵉ siècle, Abou Simbel était en grande partie enseveli sous le sable. Redécouvert par les voyageurs européens, il fut dégagé progressivement, révélant au monde l’ampleur de ce chef-d’œuvre oublié. Les statues mutilées par le temps, l’isolement du site et la majesté du paysage nubien contribuèrent à forger sa légende romantique, symbole d’un passé pharaonique à la fois grandiose et fragile. Cette fragilité devint une réalité dramatique au XXᵉ siècle avec la construction du haut barrage d’Assouan, qui menaçait d’engloutir définitivement les temples sous les eaux du futur lac Nasser. Entre 1964 et 1968, une opération internationale sans précédent, menée sous l’égide de l’UNESCO, permit le sauvetage d’Abou Simbel. Les temples furent découpés en blocs de plusieurs tonnes, déplacés et remontés 65 mètres plus haut et 200 mètres en retrait, tout en conservant leur orientation solaire d’origine. Ce chantier titanesque, alliance de science et de respect du patrimoine, fit d’Abou Simbel un symbole de la grandeur de Ramsès II, mais aussi de la coopération mondiale pour la sauvegarde de l’héritage de l’humanité.

LE LAC NASSER

LE TEMPLE D'AMADA

Le temple d’Amada est le plus ancien temple conservé de la Nubie égyptienne. Situé aujourd’hui sur les rives du lac Nasser, il fut construit au XVe siècle avant notre ère sous le règne du pharaon Thoutmôsis III, puis agrandi par son successeur Amenhotep II. Dédié principalement aux dieux Amon-Rê et Rê-Horakhty, il témoigne de la volonté des souverains du Nouvel Empire d’affirmer leur autorité sur la Nubie, région stratégique située au sud de l’Égypte. De dimensions relativement modestes, le monument séduit par l’extraordinaire qualité de ses reliefs et de ses peintures, parmi les mieux préservés de toute la Nubie. Les murs représentent le pharaon accomplissant des rites devant les divinités, tandis que certaines inscriptions célèbrent les campagnes militaires victorieuses menées contre les peuples voisins. Les couleurs d’origine, encore visibles par endroits, permettent d’imaginer l’éclat que possédait le sanctuaire à l’époque pharaonique. Le temple est également célèbre pour avoir échappé à la disparition lors de la création du lac Nasser après la construction du haut barrage d’Assouan. Entre 1964 et 1975, une opération spectaculaire permit de déplacer l’édifice sur un terrain plus élevé, à plusieurs kilomètres de son emplacement initial. Cette prouesse technique s’inscrivait dans la grande campagne internationale de sauvegarde des monuments de Nubie coordonnée par UNESCO. Moins connu que les temples d’Abou Simbel, Amada offre pourtant aux visiteurs une expérience plus intime. Son atmosphère paisible, la finesse de son décor et son importance historique en font l’un des joyaux les plus remarquables de la Nubie égyptienne.

LE TEMPLE DE WADI ES SEBOUA

Le site de Wadi es-Seboua, en Nubie, rassemble plusieurs monuments majeurs illustrant la continuité religieuse et politique de l’Égypte antique. Le temple principal, édifié sous le règne de Ramsès II au XIIIᵉ siècle av. J.-C., devait son nom moderne, « la vallée des lions », à l’allée de sphinx qui menait à son entrée. Associant parties creusées dans la roche et structures bâties, il exaltait la figure du pharaon divin à travers statues colossales et reliefs rituels dédiés à Amon-Rê, Rê-Horakhty et Ptah. À proximité se trouve le temple de Dakka, consacré au dieu Thot. Commencé sous le règne du roi nubien Arkamani et achevé à l’époque ptolémaïque, il se distingue par son architecture élégante et ses inscriptions bilingues, témoignant des échanges culturels entre l’Égypte et la Nubie. Plus loin, le speos d’El-Maharraka, sanctuaire rupestre attribué à la période ptolémaïque et romaine, présente une façade sobre et un intérieur creusé dans la roche, peut-être dédié à Isis ou à une divinité locale. L’ensemble, autrefois tourné vers le Nil, formait un important centre religieux régional. Déplacés dans les années 1960 lors de la sauvegarde des monuments de Nubie, ces temples offrent aujourd’hui une lecture unique de l’évolution du culte et du pouvoir en Nubie égyptienne.

LE TEMPLE DE KALABSCHA

Le complexe de Kalabscha, situé en Nubie au sud d’Assouan, regroupe plusieurs monuments majeurs témoignant de la richesse religieuse et culturelle de la frontière méridionale de l’Égypte antique. Son édifice principal est le grand temple de Kalabscha, dédié au dieu nubien Mandoulis. Édifié à l’époque romaine, principalement sous l’empereur Auguste, il reprend avec fidélité les formes architecturales pharaoniques : pylônes monumentaux, cours à ciel ouvert, salles hypostyles et sanctuaire axial. Les murs sont couverts de reliefs représentant les empereurs romains accomplissant les rites traditionnels devant les divinités égyptiennes. À proximité se trouvent plusieurs monuments déplacés lors de la sauvegarde de la Nubie. Le petit temple de Beit el-Wali, fondé par Ramsès II, célèbre ses campagnes militaires en Nubie à travers des scènes sculptées d’une grande vigueur. Le kiosque de Kertassi, gracile édifice à colonnes hathoriques, servait probablement de station cultuelle ou de halte processionnelle. On peut également admirer le temple de Gerf Hussein, en partie rupestre, dédié à Ramsès II divinisé. L’ensemble de Kalabscha illustre la continuité des cultes égyptiens, de l’époque pharaonique à la domination romaine, dans un paysage autrefois tourné vers le Nil. Aujourd’hui réinstallés sur les rives du lac Nasser, ces monuments forment un ensemble retraçant plus d’un millénaire d’histoire sacrée en Nubie.

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